Efficacité du neurofeedback ILF (Cygnet) sur le syndrome de Gilles de la Tourette et les tics

L’étude présentée en 2022 est celle d’une équipe qui réunit un pédopsychiatre spécialisé en thérapie cognitive et un praticien en neurofeedback, au sein d’une clinique publique norvégienne dédiée au diagnostic et au traitement neuropsychiatrique.

Depuis 17 ans, l’équipe traite le syndrome de Gilles de La Tourette et les troubles de tics par neurofeedback et thérapie cognitive. Lorsque les approches classiques (médication, psychothérapie, soutien scolaire et familial) sont insuffisantes ou mal tolérées, des traitements complémentaires deviennent nécessaires.

Le protocole prévoit généralement 30 à 40 séances de neurofeedback, avec parfois 5 à 10 séances de rappel. Une évaluation à mi-parcours (20 séances) permet d’ajuster la poursuite du traitement avec le patient et ses parents.

Approche thérapeutique centrée sur le neurofeedback

Avant le neurofeedback, chaque patient est évalué avec des outils standardisés selon les directives de l’OMS et le système CIM-10. Des objectifs individuels sont définis via l’échelle GAS, et les symptômes sont suivis avant et après traitement. Si nécessaire, notamment en cas de TDAH, les échelles CPT et Conners sont utilisées.

Description de la méthode de sélection des données

L’ensemble de données comprend les 100 derniers patients diagnostiqués avec un trouble des tics entre 2016 et 2020, indépendamment de la sévérité des symptômes. Les cas antérieurs (2005–2016) ont été exclus en raison de l’évolution des méthodes et outils de neurofeedback.

Tous ont reçu 30 à 40 séances de neurofeedback Cygnet (Bee Medic, Allemagne) avec un équipement et un logiciel standardisés (NeuroAmp II, module ILF HD), incluant un feedback visuel et auditif. Certains ont également bénéficié d’une thérapie cognitivo-comportementale et d’un soutien complémentaire.

Chaque patient est identifié par un code anonymisé. L’échantillon (8 à 18 ans, moyenne 12 ans) comprend 65 garçons et 35 filles.

L’équipe privilégie la collaboration avec les patients, leurs parents et leur entourage. Le processus complexe de neurofeedback est expliqué de façon simple afin de favoriser l’adhésion.

L’entraînement est adapté à une fréquence individuelle optimale (FRO), ajustée de façon progressive pour favoriser un état de détente, de concentration et de bien-être. Pendant les séances, les réactions comportementales et verbales sont observées afin d’évaluer l’état mental et l’autorégulation du patient.

Modèle principal n° 1 – dérégulation

Dans le modèle de dysrégulation, les tics sont considérés comme un signal d’un déficit de régulation cérébrale et relèvent donc d’un trouble fonctionnel, sensible à une intervention adaptée. Leur forte dépendance à l’état physiologique soutient cette hypothèse.

La dysrégulation est illustrée par des analogies simples (voiture, accélérateur, frein, ralenti) pour expliquer l’éveil, l’excitabilité et l’inhibition. Les patients présentent souvent une forte activation, comparable à une pression interne difficile à contenir, sans intention de contrôle externe.

Deux approches sont possibles : renforcer le contrôle inhibiteur ou réduire la tension globale. La seconde est d’abord privilégiée, visant à apaiser l’activité cérébrale.

Modèle principal n° 2 – instabilités cérébrales

Les tics étant épisodiques, ils peuvent être compris dans un modèle d’instabilité lié à l’excitabilité neuronale. Le protocole cible cette instabilité par une stimulation bi-hémisphérique, afin d’améliorer la connectivité interhémisphérique et de réduire l’excitabilité globale.

Ce site est choisi comme point de départ en raison de son efficacité clinique dans les troubles d’instabilité cérébrale, notamment l’épilepsie. Il est souvent utilisé en complément des traitements médicamenteux pour renforcer la stabilisation neuronale.

Suivi des progrès par observation

Beaucoup d’enfants et d’adolescents suivis souffrent de :

  • Stress et anxiété
  • Peurs et comportements d’opposition
  • Manque de concentration
  • Pensées obsessionnelles et blocages
  • Lecture lente, perfectionnisme et obsession

Les progrès sont principalement évalués par l’observation, complétée par les retours du patient et de son entourage. Chez les enfants, le langage corporel est un indicateur essentiel, mais son interprétation reste complexe. Les témoignages des parents sont également pris en compte, tout en étant interprétés avec prudence.

Résultats des évaluations standardisées

L’échelle GAS permet d’évaluer de manière individualisée l’atteinte des objectifs thérapeutiques définis avec les parents. Cinq objectifs concrets, positifs et mesurables sont fixés (ex. gestion des conflits, attention, réduction des tics).

Une première réévaluation est réalisée après 20 séances pour ajuster les priorités et la poursuite du traitement. L’évaluation finale, menée avec l’ensemble des acteurs concernés, examine le fonctionnement quotidien et les objectifs atteints. Les résultats des 100 derniers patients sont présentés en figure 1.

Figure 1

Le traitement est considéré comme réussi si le score GAS est de 0 (résultat escompté). À la fin du suivi, un score est attribué à chacun des cinq objectifs selon l’échelle suivante :

 -2 = aucun effet, -1 = effet minime, 0 = effet attendu (objectif du traitement),

 +1 = bon effet, +2 = très bon effet (le trouble a complètement disparu).

Ces scores sont additionnés pour chaque objectif, puis la somme obtenue est normalisée. On observe que plus de 90 % des patients ont atteint ou dépassé les objectifs attendus de la formation. Les sujets sont classés par ordre chronologique de traitement.

Suivi des symptômes

L’outil de suivi évalue 155 symptômes dans plusieurs domaines (sommeil, attention, apprentissage, comportement, humeur, etc.). Chaque symptôme est noté de 0 à 10 avant la thérapie, permettant aussi de mieux caractériser le profil du patient.

Après 20 séances, les 10 symptômes les plus sévères sont réévalués avec les parents, l’école et les intervenants, puis comparés aux scores initiaux. La somme des scores permet de mesurer l’évolution globale. Dans la majorité des cas, une réduction significative des symptômes est observée après neurofeedback, présentée en figure 2 (même cohorte de patients).

Figure 2 : Évolution des scores symptomatiques des 100 derniers patients atteints de troubles de tics.

Le graphique présente le score total des 10 problèmes les plus sévères avant et après traitement, chacun étant évalué sur une échelle de sévérité de 0 à 10, pour la cohorte présentée dans la figure 1. Chaque paire de barres représente un patient.

Réduction moyenne du score total : 45 % (44 % chez les femmes et 45 % chez les hommes). Aucune différence significative d’amélioration n’est observée entre les sexes. Les sujets sont classés par ordre chronologique de traitement.

Les effets à long terme du neurofeedback Cygnet

Depuis 2005, aucune étude formelle de suivi à long terme n’a été menée, mais des retours informels (parents, écoles, soignants, patients) suggèrent une efficacité durable.

Les rechutes restent rares (≈10 %) et concernent surtout des profils neurobiologiques sensibles ou des périodes de vulnérabilité (adolescence, traumatismes). Dans ces cas, 5 à 10 séances de rappel suffisent généralement.

Les facteurs environnementaux (famille, contexte social) influencent fortement les résultats à long terme et peuvent nécessiter un soutien complémentaire. Globalement, la plupart des patients développent une meilleure autorégulation et une résilience accrue, avec un besoin réduit de soutien au quotidien.

Conclusion

Depuis 2005, la plupart des enfants et adolescents adressés n’avaient pas suffisamment répondu aux traitements classiques des tics. Les évaluations pré/post-traitement et le suivi clinique indiquent qu’un complément par neurofeedback ILF apporte un bénéfice significatif. La majorité des patients améliorent leur fonctionnement et peuvent davantage exploiter leur potentiel et s’épanouir.

Lien vers l’étude : https://www.frontiersin.org/journals/human-neuroscience/articles/10.3389/fnhum.2022.891924/full

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